Travel Diary : Slovénie, ça y est, here we are. #fixture

Qu’est-ce qui ressemble le plus à une gare-campagnarde-slovène ? Sa voisine gare-campagnarde-slovène pardis ! Puis celle d’après et encore la suivante aussi. Tiefen est au taquet et ouvre l’œil, il dialogue tant bien que mal avec le contrôleur afin de s’assurer que nous ne manquerons pas de descendre au bon arrêt. Heureusement qu’il est là et qu’il assure pour deux parce que moi, je ne me sens vraiment pas d’humeur. J’essaie de me réjouir mais vraiment, je me sens drôle. (ndlr : drôle est mon qualificatif favori pour ces états d’humeurs de ouiménonméchépa).

Lorsque le panneau « Podmelec » se profile au travers de la fenêtre, nous sommes équipés, combo k-way-sac au dos et prêts à sauter. Un train slovène n’est pas là pour attendre que vous ayez fini d’hésiter, c’est moi qui vous le dis ! Un bond et nous voilà sur le quai. Il y a un drôle de type, casquette enfoncée sur le crâne qui attend sous la pluie. Il n’a rien de très bizarre en soi, si ce n’est qu’il promène une brouette. Bon. « Coutume locale peut-être ? », je pense tout bas dans ma tête. Que nenni, c’est juste que ce cher Steffan s’est dit que peut-être nous serions chargés et donc il a eu la gentille, quoique cocasse, attention de nous amener de quoi délester nos dos de leurs paquetages.

Il me plait ce mec, rien que pour cette idée saugrenue. Nous entamons ensemble les quelques centaines de mètres qui nous séparent de la maison et immédiatement, le dialogue entre nous est fluide, enjoué et chaleureux. Faut dire que ça fait trois mois qu’il est seul dans la maison, il est du coup bien enthousiaste à l’idée de partager le quotidien avec d’autres humains. Et on le comprend !

Il papote, il raconte, il semble excité par notre présence et moi je me sens déjà beaucoup mieux. Peut-être bien que je vais me plaire et réussir à profiter tout compte fait.

Nous sommes en Slovénie mais allons résider chez un Allemand qui a grandi au Portugal puis étudié et vécu en Angleterre. Et qui vit avec un Australien, Ben. Nous n’allions pas rencontrer ce dernier, occupé à gagner de l’argent en Angleterre.

Steffan est cinéaste et voyage beaucoup pour son travail. Il parle ainsi aisément six langues, dont le français! Cela termine de me rassurer, je vais pouvoir m’exprimer, me faire entendre si besoin est. Le Franglais devient la langue officielle de la maison : je veux prouver que je me débrouille un tant soit peu dans la langue de Shakespeare et Steffan fait de même avec celle de Molière. C’est funny, c’est cool, let’s play la magie des rencontres.

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Klavze 28, havre de paix #friendship

Klavze 28, c’est le nom du village et le numéro de la maison. C’est aussi le nom que Ben & Steffan ont choisi pour le Bed&Breakfast qu’ils y ont mis en place. C’est la réalisation du rêve de Ben qu’ils ont matérialisé dans cette ancienne bâtisse slovène. Il y a dix ans, alors que cela ne fait que deux ans qu’ils sont ensemble, ils se disent que ce serait chouette de faire quelque chose d’un peu foufou (ah tiens !). Ben évoque ce souhait d’avoir un jour une maison d’hôtes et Steffan dit « ok, let’s do it ». Les recherches démarrent sur la Toscane et se meuvent peu à peu vers l’Est, prix de l’immobilier aidant.

Ils ont bien fait de creuser car c’est un vrai coin de paradis qu’ils ont déniché, acheté et retapé. Le nid est coincé dans une vallée, devant la rivière, derrière la forêt. Le village est à un petit kilomètre, de l’autre côté du cours d’eau. Nous sommes entourés de prés, de bois et c’est bien. Le logis est entièrement meublé et en bonne partie équipée avec des objets glanés sur des brocantes ou trouvés à la déchetterie. Cela donne à l’ensemble des vieux airs de « chez soi ». A Klavze, c’est magique parce que c’est un peu la demeure de tout le monde. Et le matin, il faut aller nourrir les poules, ramasser les œufs et fendre les bûches pour se chauffer, chacun participe, chacun est chez lui.

C’est l’hiver, nous sommes en Janvier 2014 et je soupçonne Steffan d’avoir accepté notre demande de séjour chez lui plus pour briser sa solitude que pour la charge de travail à effectuer. Nous désherbons les alentours de la maison, débroussaillons des kilomètres de ronces rampantes et nettoyons le chemin d’accès à la maison de toute sa boue. Nous participons à la construction DU mur en pierres Steffan, qui je pense ne sera jamais fini vu son manque de stabilité. Ce n’est que mon avis.

Très vite, nous trouvons notre rythme à Klavze 28. Je me sens tellement chez moi dans cette chaleureuse maison que j’ai un peu difficile à y faire une place aux Wwoofeurs qui viendront nous prêter mains fortes : deux fois deux couples d’amis. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils sont, tous les quatre Français également mais je ne me sens pas du tout intéressée par l’échange. Pas assez exotique à mon goût ? Non, je pense surtout que je veux garder jalousement mon petit coin de paix, que je ne souhaite pas troubler la tranquillité qui commence à re-poindre le bout de son nez. Finalement, nous ne cohabitons pas trop mal tous ensemble mais je ne me montre pas particulièrement liante. Je n’ai pas envie de partager la complicité que j’aie avec Steffan et Tiefen avec d’autres personnes. Peut-être est-ce aussi parce que j’ai besoin d’un peu de solitude ? Toujours est-il que je me sens dérangée dans mon quotidien bien tranquille.

Nous sommes restés un mois en compagnie de Steffan à Klavze. Un mois c’est court mais c’est aussi suffisamment long que pour avoir le sentiment d’avoir réellement partagé un bout de vie avec quelqu’un. Nous l’avons accompagné à la remise des clés de Klavze 27, la seule autre maison du terrain. Nous avons été témoins, par la même occasion du dénouement d’une affaire qui trainait depuis plus de six ans. Cette maison, nous l’avons vidée ensemble. Nous y avons même tourné des scènes d’horreur, j’ai joué un fantôme, rôle clé de ma carrière d’actrice, je vous assure.

En un mois, nous en avons vécu des choses et c’est donc sans grande surprise que nos au-revoirs se sont vus arrosés de quelques larmes. Le départ était rude, étrange de le réaliser, moi qui n’avais finalement plus tant envie de venir.

En partant, je sentais que je reviendrais, quelque chose était en train de se construire. Peut-être était-ce juste moi qui me reconstruisais en fait ? Steffan, sa personnalité, ses sauts d’humeurs, ses confidences m’avaient fait un grand bien. J’étais inriguée, j’avais envie de continuer à le connaître.

Le travail à l’extérieur m’avait permis de m’aérer tant le corps que l’esprit. Avec Tiefen, cela a été très dur parfois, nous rencontrions l’après-coup de cette grosse période de stress à laquelle nous venions de faire face. C’était bien de vivre ça dans un endroit tel que Klavze, énigmatique, apaisant et ressourçant.

Un mois, c’est court, c’est long et nous savions en nous quittant qu’une amitié était née.

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Ca s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits rien #fantastical

En partant de Klavze 28, Tiefen et moi avons cherché du travail. L’idée était de trouvé un emploi chacun dans une même zone géographique afin de pouvoir nous installer et vivre ensemble. Nous avons cherché, cherché, et cherché encore.

L’Europe en 2014, crise économique et profils de jeunes diplômés, je ne vous fais pas de dessin. Nous avons finalement orienté nos recherches vers un travail saisonnier, ça tombait bien, c’était la période des recrutements. Nous avons tous deux trouvé un emploi dans un gros site touristique lotois.

Tiefen et moi avons donc emménagé dans le Sud de la France, enthousiastes à l’idée d’une nouvelle vie à deux. Le job semblait si pas intéressant au moins agréable tant pour lui que pour moi. Ahhh les apparences. Nous avons vite déchantés. Je vous passe les détails sur la précarité des conditions de travail des contrats saisonniers, sur les joies de la vie d’employé en uniforme tout-sourire-obligé-sous-l’œil-des-caméras-de-surveillance et sur le bonheur d’être considéré comme un numéro par son employeur. Voilà déjà de quoi vous permettre d’imaginer que nous ne comptions pas faire de vieux os dans le secteur. Dès le premier mois du contrat, nous rêvions de rapidement le terminer et de retrouver la Route et les libertés qu’elle propose. Comment et vers où, nous ne savions pas trop. Mais c’était certain qu’il y aurait un détour par Klavze.

Nous n’avons pas gardé nos doutes très longtemps.

Un jour de mois de mai, en ouvrant ma boîte mail, j’ai découvert un mot de Steffan qui nous proposait de passer l’hiver à Klavze. Il espérait pouvoir passer les Fêtes de fin d’année avec Ben auprès de sa famille en Australie. Pour que cela soit possible, il avait besoin que nous puissions garder la maison durant trois mois. Incroyable magie des emplois du temps qui concordent, cela était tout à fait envisageable.

Nous avons mordu sur notre chique jusqu’à l’entailler pour tenir le coup dans cette usine à fric et à touristes et avons tant bien que mal atteint les derniers jours de travail. C’est ainsi que début novembre, Tiefen et moi avons quitté notre maison lotoise pour notre « maison hivernale » slovène.

A notre arrivée, Klavze venait d’être victime d’une inondation. Ben s’était envolé vers l’Australie deux semaines auparavant et Steffan devait arriver dans la journée. Il avait été absent durant trois mois, occupé sur un tournage au Maroc. C’était étrange car nous sommes arrivés « à la maison » avant lui. Nous nous sommes donc installés et l’avons attendu. Nous l’avons retrouvé très enthousiaste à l’idée de passer un peu de temps avec nous, très heureux que nous puissions lui rendre ce service et surtout bien content de nous voir. Après quelques heures, nous l’avons aussi découvert bien anxieux au vue des dégâts causés par l’inondation, préoccupé par les travaux à effectuer sur Klavze 27 et incroyablement stressé par son expérience au Maroc. Dès le lendemain de notre arrivée, nous nous sommes mis à la tâche et avons commencé à déblayer les dégâts causés par les eaux. C’était bon d’être là et de retrouver cette ambiance. Nous avons passé un petit mois ensemble avant que Steffan ne parte rejoindre Ben. C’était tout de même très puissant le fait qu’il nous confie leur maison durant deux mois. C’est incroyable de réaliser ce que les rencontres, les échanges, les interactions peuvent engendrer comme relation de confiance.

Chapitre sur nous ici pendant eux là-bas

L’hiver a été complétement dépaysant pour nous. Nous étions entourés de montagnes enneigées, impliqués dans un quotidien campagnard. Le réveil matinal se faisait au rythme des bûches à fendre pour nous chauffer.

A vrai dire, nous ne nous sommes pas sentis vraiment isolés par ici.

C’est qu’une fois Steffan envolé pour l’Australie, nous n’avons pas été bien longtemps seuls à Klavze. Nos amis et parents se sont succédés jusqu’au mois de Février. C’est que chacun voulait pouvoir goûter à ce petit coin de tranquillité.

Ces visites successives nous ont permis d’arpenter les environs en long et en large, découvrant en même temps que nos proches les trésors cachés de ce coin de Slovénie.

Lorsque la fin n’en est pas une.

A son retour, Steffan était plus que satisfait de notre séjour ici.

Aujourd’hui, cela fait presque six mois que nous vivons au Klavze 28. Nous ne sommes plus Wwooffeurs, nous avons passé le cap de « copains qui dépannent » pour devenir les « amis qui restent et qui filent un coup de main ». C’est vraiment rigolo d’être ici, maintenant. De penser qu’il y a un an nous n’aurions pas imaginé nous retrouver ici, à continuer les travaux que nous avions entamés à l’époque.

Retrouvez les deux premiers épisodes ici ! 

Virginie Gérouville

Virginie Gérouville

Virginie est une crapahuteuse jonglant de destinations en destinations au gré des projets qui se présentent. Curieuse du monde qui l'entoure, elle aime se poser dans un endroit et observer, tant les gens que les paysages. Voyager, oui mais lentement. Virginie a besoin de prendre son temps dans chaque endroit, s’imprégner de l’ambiance du lieu et apprendre à connaître les gens qui y vivent.
Virginie Gérouville

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