Reflexion : Quelle est la dernière fois que vous avez fait quelque chose pour la première fois?

Manger, c’est quelque chose de très ancré dans ma culture familiale. On mange pour fêter, on mange pour dire au revoir… On mange surtout pour être ensemble. Manger, ça se partage.

Pourtant, je m’apprête à dîner, sans personne pour m’accompagner, dans un minuscule restaurant familial des vieux quartiers de Bologna. C’est la première fois.

Cette expérience m’a fait réfléchir.

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Petites et grandes réalisations

Lorsqu’on est petit, chaque jour est une découverte, chaque acte un challenge, chaque objet une interrogation. Plus on vieillit, moins on a de possibilités d’expérimenter quelque chose pour la première fois. Logique.

Sauf qu’on m’a toujours rabâché que terminer ses études, c’était comme commencer une nouvelle vie. On a plus de temps, plus d’argent (parfois) et plus d’autonomie. Un an plus tard, ça fait tout à fait écho. Pendant une période relativement courte, j’ai eu l’occasion d’essayer des tas de nouvelles choses. C’est aussi le cas des personnes de mon entourage.

Mon ami colombien Diego, qui vit à Madrid, s’est rappelé de sa première quiche lorraine, d’avoir laissé pousser sa barbe (ou en tout cas d’essayer) et de son premier concert en solo. Marion (Belge qui vit maintenant à Londres) mentionne son premier tatouage. Ian (quelque part Amérique du Sud) a donné de l’argent à une pauvre qui quémandait.

Parlons donc de quelques-unes de ces grandes (et petites) premières fois.

J’ai quitté l’école

Je savais que cette étape de la vie allait venir un jour ou l’autre et pourtant, contre toute indication, je ne m’y suis absolument pas préparée. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais ou si j’avais seulement la capacité à imaginer ce que ce serait, après tout, j’ai passé presque toute ma vie sur les bancs de l’école. L’impatience que l’on éprouve de terminer enfin les cours, n’a d’égale que le sentiment d’être complètement perdu, lorsque c’est fait. Je me suis retrouvée paf, avec un beau diplôme et aucune idée concrète de comment m’en servir.

C’est probablement une sorte de déni collectif car je n’étais pas la seule dans cette situation.

Parce que tout le monde était, au choix :
– En train d’essayer de comprendre ce qui lui arrivait et/ou de chercher du travail.
– Déjà parti voir si l’herbe était plus verte ailleurs.

J’ai fait mon sac à dos et je suis partie.

J'ai fais mon sac à dos et je suis partie

J’ai voyagé seule

En voyageant seule, j’ai compris plusieurs choses importantes:

Vous pouvez être très entouré et vous sentir infiniment seul au monde, comme vous pouvez être seul et vous sentir complètement connecté

Les compagnons de voyage, on les rencontre sur la route, j’aime voyager seule parce que je ne le suis jamais bien longtemps. Ian (en vadrouille en Amérique du Sud) est d’accord avec moi :

Jamais je me suis senti aussi entouré de ma vie. J’ai du mal à trouver des moments de solitude. Par exemple pour le Paraguay, je ne connaissais personne avant d’arriver. J’ai fait du couchsurfing et depuis, la fille qui m’héberge me présente à sa famille, son copain, ses amis. Je dois donner de ma personne du matin au soir (…) je suis certain que je me serai plus ennuyé si j’avais dû voyager avec quelqu’un.

Il faut assumer seul ses décisions et leurs conséquences. Il n’y a personne à qui en vouloir. Il faut se prendre en charge non-stop, même quand on est crevé, même quand on est perdu, même quand on veut s’enfermer dans sa chambre, se mettre en boule et se balancer d’avant en arrière.

Parfois, vous aurez envie d’être (vraiment) seul. Les discussions sur la route comme l’explique très bien Virginie (en Slovénie), c’est un peu comme faire le perroquet et ça peut devenir lassant. Mais voyager seule, c’est aussi et surtout comme le rappelle Caroline (quelque part en Australie), partager son espace.

Quand on loge chez l’habitant ou en auberge de jeunesse, notre espace personnel est souvent réduit à un lit et un casier (et encore). Les moments seuls sont rares, parfois on aimerait s’isoler mais à quatre dans un van, ce n’est pas toujours possible.

Mon record personnel est établi à 6 personnes dans un canapé lit sensé être pour deux.

On doit assumer seul ses décisions

Quand je raconte ce genre d’anecdotes, beaucoup de gens ne comprennent pas quel plaisir j’y trouve. Du coup, les commentaires de l’entourage sont assez sympathiques. On m’a dit que j’étais folle, que j’allais m’ennuyer, au mieux, me faire kidnapper, au pire. Et c’est vrai parfois, c’est dangereux comme me le rappelle assez brutalement mon interlocuteur espagnol qui fait le tour du monde en vélo.

Au Pakistan, j’ai survécu à 2 attaques terroristes en moins de 12 heures, dans la première 24 personnes sont mortes à cause d’une bombe dans un bus, dans la deuxième, j’ai été blessé à la tête à cause de l’explosion d’une grenade. Aujourd’hui, je suis en vie, Dieu merci.

Il a aussi rencontré un ours, une fois. L’ours n’était pas content.

Quand j’étais aux Etats-Unis, j’ai fait face à un ours noir, je n’ai pas couru, je suis resté sur mes positions, j’ai parlé avec une voix profonde, j’ai tenu mon couteau fermement en espérant ne pas avoir à l’utiliser. Finalement, l’ours s’est retourné et a pris la fuite.

Ce n’est pas toujours facile mais ça en vaut à chaque fois la peine. Malgré tout, mes souvenirs de voyages solo sont probablement parmi les meilleurs que je possède. Caroline décrit bien ce sentiment.

Voyager seule, c’est excitant et fatigant à la fois. On sort constamment de sa zone de confort pour faire de nouvelles rencontres, se débrouiller pour chercher un job, des co-voyageurs ou encore un logement. C’est excitant, car on ne dépend de personne on est libre de rester longtemps dans un endroit qui nous plait et de changer nos plans comme bon nous semble. C’est aussi plus facile de trouver logement et job. C’est fatigant, car on doit faire une croix sur son espace personnel à moins d’être un backpacker riche qui vit en hôtel 5 étoiles.

Contre toute attente j'ai trouvé du travail

C’est ça l’aventure! C’est une drogue assez difficile à arrêter. J’allais pourtant devoir descendre sur terre parce que, contre toute attente, j’ai trouvé du travail.

J’ai eu mon premier vrai travail

Évidemment, j’ai accepté un boulot qui ne correspondait ni à mes envies, ni à mes compétences. Quelqu’un me donnait un travail! Je me suis assez vite ennuyée, persuadée que c’était ça la vie d’adulte, que j’allais m’y faire. Pauline, grande voyageuse dans l’âme, qui est rentrée de sa propre initiative, elle aussi, pour commencer “la vraie vie” commente:

Bien sûr le voyage me manque à mort (on est finalement jamais content) mais je me suis fait une “raison”.

Moi, je n’y parvenais pas. Je ne me sentais pas à ma place et coupable envers moi-même. Si voyager peut donner le sentiment de retarder la vraie vie et de n’avoir aucun sens auprès de certains, c’est ce que me lever chaque jour pour aller à un travail que je n’aime pas me fait à moi.

J’ai donc profité de chaque instant de libre pour repartir à l’aventure, en Belgique ou ailleurs, casser mon quotidien et sortir de ma zone de confort. A commencer par quelque chose que le commun des mortels (majeurs) ont essayé et maîtrisé bien avant mon âge avancé: le permis.

C’était pas cool que ma maman ou ma grand-mère me conduisent au travail tous les jours comme quand j’avais 4 ans. Du coup, j’ai appris à conduire. Vous comprenez bien, je n’avais déjà pas beaucoup de crédibilité en tant que petite nouvelle alors, faire un bisou à ma mamy devant mes collègues le matin quand elle me déposait, c’était pas top.

J’ai aussi (mais pas que) :
Tiré aux clays en Écosse.
Bu du vin orange en Slovénie.
Travaillé sur le plateau d’un film.

Film

Fais 10 heures de randonnée d’affilées en montagne en Irlande.

10 h de randonnée

Mangé un bonbon du Kirghizstan (c’est pas bon)
Tenu la barre d’un voilier et vu des dauphins

La Grèce

– Et (ça j’en suis particulièrement fière) lancé un site de voyage avec Cerise

site de voyage avec Cerise

J’ai donné ma première vraie démission

Chacune de ces expériences m’ont donnés du courage dont j’avais besoin pour passer à l’étape suivante.

Vu que je ne me voyais pas avancer et que je rentrais plus misérable chaque jour, j’ai donné ma démission. En octobre, je pars bosser au Brésil, du coup, j’apprends une nouvelle langue. Je suis maintenant 30% fluent en portugais selon Duolingo. Donc euh… Voilà quoi.

Quelles que soient vos premières fois, grandes ou petites, vous apprendrez toujours quelque chose sur vous. Vous apprendrez sûrement que vous avez plus de capacités que vous l’aviez imaginé.

Vous comprendrez mieux où sont vos limites, ce que vous voulez faire et ce que vous ne voulez plus faire. C’est une chance de se recréer ou d’être la personne qu’on a toujours voulu être.

C’est aussi le moment idéal de confronter ses idées reçues avec la réalité et réaliser que tout n’est pas comme on le pensait. Loin de là et tant mieux, en fait.

Julie Marchand

Julie Marchand

Founder of @Wheresthef/ Professional wanderer : doing videos and photography. Looking for new adventures, experiences and amazing stories / Check out my flickr!
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