Travel Diary : Valparaiso, le labyrinthe enchanteur

  Une ville qui capture notre âme quand on y passe. Un lieu tellement magique qu’on a du mal à discerner la réalité du fantastique. Des couleurs par milliers qui offrent un spectacle hypnotique. Valparaiso est une ville enchantée dans laquelle je me suis perdu … avec plaisir. 

Je suis accompagné de Karlita, une amie et consœur journaliste qui vit dans cette région du Chili. Elle et moi nous sommes laissés emporter par la mélodie exaltante d’une ville bordant l’océan Pacifique. Une ville qui marque le cœur et l’esprit à jamais.

Le climat côtier se fait sentir dans ces lieux. Un vent marin contribue, lui aussi, à cette atmosphère unique. Près de la berge, nous apercevons une vingtaine d’éléphants de mer allongés sur un promontoire en haut duquel une flopée de pélicans s’envolent et se posent au gré du vent. Plus loin, nous croisons, autour d’une place, des personnes âgées qui jouent aux cartes ou aux échecs sur des tables. Elle m’explique la mentalité de Valparaiso. Ici, on respecte la différence. L’ouverture et la tolérance font légion. La créativité et l’originalité sont mises en avant. Il y règne un multiculturalisme où les gens s’épanouissent à échanger avec l’autre. Pour appuyer un peu plus cette mentalité, elle me montre une ancienne prison devenue un centre culturel. Il n’y avait pas suffisamment de “clients” pour les gardes de prison. Autant faire de ce lieu quelque chose de plus joyeux. Plus nous avançons dans les rues, plus nous nous perdons.

FriendOk

“On y sent, là aussi, la magie de Valparaiso”

L’importance de la culture est également mise en avant par les autorités publiques. Des théâtres, cinémas, événements, concerts etc. proposent un large éventail de créations culturelles. Très souvent, les prix sont démocratisés de sorte que tout le monde puisse y avoir accès. Dans ces rues féeriques, nous prenons un ascenseur en bois qui nous emmène sur les hauteurs de la ville. Mon amie en profite pour me parler un peu plus d’elle. Petite, elle aimait prendre ces ascenseurs la nuit avec ses parents pour se rendre au sommet et ainsi contempler la ville étincelante et son reflet sur l’océan.

Cette mélodie bucolique ne cesse de raisonner dans nos têtes. La ville, fondée sur des collines, nous oblige à gravir des pentes et en descendre de nouvelles de l’autre côté. Dans notre balade, Karlita me fait part d’un ressenti. Les touristes ne connaissent que la belle Valparaiso. Celle qui se résume à deux collines : el Cerro Alegre et el Cerro Concepción. Elle admet leur beauté et leur charme, mais déplore le manque d’intérêt des touristes pour toutes les autres parties de la ville, certes, moins entretenues, mais pas pour le moins inintéressantes. Justement, selon elle, le charme d’un lieu existe pour son ensemble. Il faut un équilibre de bonnes, mais aussi de mauvaises choses pour rendre un endroit authentique. Nous visitons également ces lieux désintéressés des touristes et je me rends compte qu’elle dit vrai. On y sent, là aussi, la magie de Valparaiso. Peut-être même plus encore que dans ses belles parties.

image_00010

“L’animation de la ville atteint son apogée”

Nous continuons de nous perdre dans ces centaines de ruelles désorganisées qui se croisent et s’entrecroisent. Sur les façades des maisons aux couleurs de l’arc-en-ciel se dessinent des peintures murales. Elles représentent les folies de l’imagination humaine. Nous sommes maintenant bel et bien perdus physiquement, mais aussi pensivement dans ce labyrinthe enchanteur. Nous nous laissons contrôler par notre imagination. J’assiste, avec elle, à un véritable orgasme visuel et cérébral. Nous nous apprêtons à franchir les confins de la frontière du réel. Les couleurs sont saturées. Les dessins semblent prendre vie. Les allées sont mouvantes. Nous tournons en rond dans les escaliers, les chemins et les ruelles. Les ascenseurs ne font plus leur trajet habituel montée/descente. Ils utilisent maintenant les trois dimensions de l’espace. L’animation de la ville atteint son apogée.

Le soleil radiant commence à se coucher pour laisser place à la lune adamantine. Les représentations, jadis, picturales prennent vie et s’invitent à contribuer aux activités citadines. Un demi dieu, mi-homme, mi-bélier boit le café avec un visage qui souffle des milliers de masques multicolores pour refroidir sa boisson lyophilisée. Un chat cosmonaute au pelage rouge et portant la couronne des rois décide de son libre arbitre le passage de voiliers naviguant sur un fleuve de sable au milieu d’un désert martien. Une sirène maléfique attire un ménestrel dans un monde aquatique peuplé d’étrangetés et d’illusions. Un bus spatial guidé par un oiseau pèlerin transporte un chat misanthrope atteint du mal de Diomede. Il est suivi par une oie sauvage faite en mosaïque et un flamand rose géant déjà attelé pour qu’un maharadja d’une planète oubliée s’y assoit.

image_00005

“Tout cet univers merveilleux se mélange dans une fusion chaotique”

La mélodie divine fait maintenant jaillir des fenêtres des notes dorées. Tout cet univers merveilleux se mélange dans une fusion chaotique. Deux visages pantomimes, l’un chromatique, l’autre tellurique, s’affrontent en un duel de regard soporifique au milieu d’un kaléidoscope fluorescent. Des êtres mauves assistent à ce spectacle avec dédain du haut de leur nuage de gaz nucléaire. Un chien solaire et un chat lunaire écrivent sur le registre l’heure à laquelle ils se croisent. Ce transfert d’astres offre un spectacle céleste d’apothéose. Une lueur rose monopolise le ciel.

Je retrouve mes esprits qui s’étaient dissipés. Je suis pourtant toujours là, avec Karlita, dans ce paradis cosmique. Les lumières de la ville apparaissent telles une myriade de lucioles. Cet essaim luminescent se reflète sur l’océan, comme elle l’avait dit. Nous sommes encore désorientés dans ce labyrinthe fantastique. Le seul qui nous rend heureux de s’y perdre. Nous ne tournons jamais en rond. Le parcours est à chaque fois différent. Notre seule crainte est de trouver la sortie. Karlita me l’avait dit :

“Quand tu rends visite à Valparaiso, elle t’attrape au vol et te jette un sort qui te donne envie de ne jamais la quitter.”

image_00016

Ian Depauw

Ian Depauw

Si vous me demandez ma profession je vous répondrai universaliste. Rechercher ce qui nous unit dans nos différences est la raison pour laquelle je me laisse guider par le vent partout sur la Terre. J'aime donner une image sans cesse différente de l'humanisme au travers la rencontre de l'autre. Un écrit, une image, une voix sont des supports que j'utilise dans un seul but : que votre cœur batte. La planète est riche, le journaliste a comme fonction de la faire refléter sous l'angle qu'il a choisi.
Ian Depauw

Latest posts by Ian Depauw (see all)

Leave a Reply Text

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Menu Title