Portrait : Suisse-moi à la découverte de l’homme derrière le pseudo

Sylvain est un pur aventurier fabriqué en Suisse. Lorsqu’il est en voyage,
il demande à sa communauté de lui lancer des défis ou des suggestions d’activités,
qu’il attrape au vol après une figure en roller.

Areriroru ! Ça aurait pu être un cri de guerre, mais Sylvain est plutôt “peace and love”, alors, il y a 10 ans, il créé Areriroru (ou “Art et Rire en rue”), une organisation suisse à but non-lucratif qui propage la fête et la bonne humeur à grande échelle. Chaque été, des événements sont organisés avec un objectif simple : le bien-être.

Lausanne sur mer, ce sont des activités sportives gratuites pour les jeunes au bord du lac.
Un endroit où les jeunes viennent avec leurs parents construire des cabanes, faire des bricolages,
dans les quartiers un peu populaires. Sur une place bétonnée, on installe 50 tonnes de copeaux,
de la terre, de l’herbe, du bois et on crée un espace sympa pendant 2 mois.

L’association est également connue pour ses activités loufoques qui rassemblent des centaines de personnes chaque année comme les batailles de coussins ou encore les compétitions de pierre-papier-ciseaux (ou feuille caillou ciseau à la suisse) …

J’adore travailler sur ces projets parce que dès qu’on fait des activités pour le bien-être des gens,
on a un super retour. (…) On a une bonne liberté pour développer le truc chaque année.
Donc, chaque fois j’ai une vision en deux, trois ans pour voir le projet évoluer.

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Une manière de voir les choses

 Son travail est de rendre heureux son prochain. C’est comme ça qu’il gagne sa croûte, pour ensuite, voyager pendant 3 à 7 mois par an. C’est plutôt original… Pourquoi vit-il en dehors des sentiers battus ?

Depuis tout petit, Sylvain est influencé par des anticonformistes qui refusent le status quo. Vers l’âge de 10 ans, il était dans une équipe de skater. Dans sa ville d’origine, Lausanne, le mouvement était incroyable. Pour le championnat mondial du roller, 300 000 personnes se rassemblaient pour un weekend de folie.

Du coup, il y avait une sacrée dynamique avec des gars qui étaient rebelles.
Ils faisaient les cons en permanence, ils étaient considérés un peu comme des stars,
ils étaient invités dans des évènements pour foutre la merde. (…)
J’avais 10-12 ans et je suivais ces gens-là, tu vois ?
Ça m’a donné quand même une bonne idée de la déconne, de jouer avec les limites.

 C’est aussi ce qui l’a amené à prendre un chemin non-balisé. Sylvain n’a pas cherché un “F” tout fait et conditionné, non. Il l’a créé, à son image.

Son style de vie fonctionne, car il évite de s’impliquer dans tout ce qui l’empêcherait de partir : les boulots fixes, une voiture, un appartement. Il a y a peu, il n’avait pas d’habitation à son nom. Il déplaçait ses affaires d’un endroit à un autre en attendant le prochain départ.

En fait, tu sais, on a toujours cette image qu’il faut travailler à 100 %, et même ceux qui travaillent à 100%, se plaignent qu’ils n’ont jamais assez d’argent, mais ce n’est pas vrai. C’est de la propagande qu’on essaie de nous faire suivre et puis, c’est vrai que si tout le monde ne faisait pas ça alors la société se péterait la gueule et sûrement que je suis un profiteur, mais je pense que ce serait peut-être même bien qu’elle se pète la gueule… Mais bref. Moi ce que je fais, c’est que je dépense très peu d’argent en Suisse. Tous mes vêtements, je les achète dans des pays pas chers ou en 4e main en Suisse. Je fais attention à ne pas dépenser de l’argent, mais en même temps, j’ai jamais eu l’impression de me priver. C’est vraiment un mode de vie, une manière de voir les choses.

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Ce n’est pas le modèle de vie dont on nous parle à l’école, mais selon lui, c’est quand même vachement plus intéressant. Les salaires plutôt élevés en Suisse et des dépenses réduites au minimum lui donnent la possibilité de profiter à fond une fois à l’étranger. De plus, son projet “Suisse moi” lui permet parfois, comme c’était le cas en Corse (là où il se trouvait pendant cette interview NDLR), d’avoir gratuitement accès à des activités.

Mais c’est quoi “Suisse moi” ? Sois patient, ça arrive.

Luck is an attitude

Assez rapidement, il décide qu’il a besoin d’un challenge de plus pour rester motivé, mais aussi pour avoir accès à des activités insolites. Cette idée lui tourne dans la tête depuis quelque temps déjà, mais il n’arrive pas à la concrétiser. C’est dans un bus surchauffé en Afrique du Nord que sa bonne étoile lui fait un clin d’œil.

J’ai rencontré une blogueuse, (enfin, non, elle n’était pas encore blogueuse, elle était spécialiste des médias sociaux), ça, c’est un peu le destin. Je te raconte l’histoire : j’étais dans un bus au Maroc et puis le bus était quasiment vide mais on a réservé des billets et les gens ont décidés de mettre les deux étrangers l’un à côté de l’autre. Elle s’appelle Emile et je lui ai parlé des idées de vidéos que j’avais et de vidéos, je faisais déjà. Elle m’a motivé. Le soir après ce trajet en bus, j’ai trouvé le nom de domaine et je l’ai directement acheté sur internet. J’ai discuté avec elle et en deux semaines, on a créé le site. 

“Suisse moi” se dessine petit à petit : voyager en se laissant porter par les opportunités, sans planifier à l’avance et bouger en fonction des rencontres et des défis ou activités que sa communauté lui lance.

Je t’explique, je voulais faire 3 mois sur un voilier parce que beaucoup disent que la mer est le dernier espace de liberté. Donc, j’ai cherché des gens qui voulaient de l’équipage, mais après une semaine, j’en ai eu marre, j’ai quitté le bateau, le gars était trop chiant. J’ai trouvé d’autres bateaux et ils m’ont amené au Maroc. (…) Là-bas, on a loué une voiture avec Emilie (la blogueuse NDLR) et on a pris un Mexicain en stop, il m’a dit “viens au Mexique, tu vas faire un roadtrip, ça va être génial ! Je t’aide à acheter la voiture.” C’est ça qui m’a donné envie d’y aller. Je suis parti au Mexique voir ce gars rencontré sur la route au Maroc.

La moitié de mon cœur en Suisse

Sylvain est accro à l’adrénaline depuis l’enfance et au voyage depuis son premier long séjour au Brésil. Il n’échangerait sa vie pour rien au monde, mais ce n’est pour ça que c’est toujours facile. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Sylvain est toujours très heureux de revenir en Suisse. Il adore son travail et il a plein de gens à voir. Mais, à force de faire des aller-retours, il entre un peu dans cet état schizophrénique que les grands voyageurs ne connaissent que trop bien. Il est partagé entre l’envie de rentrer à la maison, de retrouver une certaine routine et le besoin presque immédiat de repartir vers de nouveaux horizons… Parce que la routine, bin c’est chiant.

Oui évidemment, l’ascenseur émotionnel, il est bien là. Je pense qu’on ne s’y habitue pas.
Je me demande même si ça ne te dérègle pas émotionnellement à long terme d’avoir un cycle comme ça.
Les gens pensent que je suis toujours heureux parce que je souris et que je fais des gags.
Mais ce n’est pas facile tout le temps.

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Certains globetrotters développent une sorte de symptôme propre au virus du voyage : ne rien vouloir laisser derrière quand on va repartir. En pratique, c’est essayer de ne s’attacher à rien et à personne, c’est d’envisager toutes ses relations comme éphémères, ne pas faire de promesse pour surtout, surtout (!) ne rien laisser en arrière. Un comportement qui rend parfois la vie difficile aussi bien aux voyageurs qu’à leur entourage. Cependant, ça n’a jamais été le cas de Sylvain, il s’est même marié! Le projet “Suisse moi” devrait se développer et inclure son épouse, ce qui n’est pas simple. De sa propre confession, “Suisse moi” c’est plutôt auto-centré. L’idéal, ça serait aussi que son projet lui permette de vivre de ses voyages et de ses reportages… Quand la famille s’agrandira.

J’ai cet idéal de construire une famille et de transmettre cette passion du voyage. J’ai aussi cette idée de projet à l’étranger sur une île mais pour ça, il faudrait de l’argent et mon compte en banque, en fait, il monte quand je travaille
et puis il redescend à 0. Du coup, je reviens en Suisse. Je n’économise pas beaucoup d’argent.

“On ne va pas perdre sa vie à la gagner”

Pourtant, le manque d’argent ne l’a jamais empêché de lancer des projets et faire preuve de créativité. Sylvain s’est toujours débrouillé avec des moyens techniques et financiers vraiment limités pour le faire. En Corse, l’Office du Tourisme payait ses activités mais ailleurs, au Mexique ou au Togo, par exemple, ce n’était jamais le cas.

Il y a de gens qui ont des projets et qui attendent tout le temps pour que ce soit le bon moment.
Mais aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, tu peux créer plein de choses même avec des petits moyens
et peut-être que les moyens viendront plus tard.

Comme Sylvain le dit très justement : c’est une somme d’essais et d’erreurs. Si tu n’essaies jamais rien, tu n’accomplis jamais rien. Donc, ose.

« Pour mettre la chance de son côté, il faut la provoquer.
C’est ce que j’ai toujours fait, le premier déclencheur était l’association (Areriroru NDLR).
Créez vos trucs et puis amusez-vous, hin merde ! »

Julie Marchand

Julie Marchand

Founder of @Wheresthef/ Professional wanderer : doing videos and photography. Looking for new adventures, experiences and amazing stories / Check out my flickr!
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