Mumbai, son patchwork et ses contrastes

L’Inde, tu l’aimes ou tu la détestes.
Découvrir l’Inde en commençant par Mumbai,
c’est un peu comme découvrir le patrimoine français en commençant par Marseille : pas vraiment l’option la plus apaisante.

Avec une population deux fois plus nombreuse que la population belge à elle seule, près de 24 millions d’habitants, la mégalopole a de quoi me donner tournis à l’arrivée. À peine sortie de l’avion, c’est la chaleur qui prend le dessus. Toutes les parcelles de ma peau dégoulinent immédiatement. C’est donc ça les tropiques ? On dirait : le taxi roule sur une chaussée bordée de palmiers lui donnant un petit air de Miami. Pourtant au premier carrefour, Mumbai-la-vraie me saute aux yeux : le trafic serpentant à tout va, les voitures, tuk-tuks et motos qui se chamaillent et le son des klaxons incessant.  Je découvre mon appartement, vieillot et défraîchi, ça fera l’affaire. Mon quartier semble border l’aéroport, car des avions frôlent mon immeuble toutes les 5 minutes, m’offrant des sensations régulières de crash aérien. Je vais vivre trois mois dans cette fourmilière, l’acclimatation devra être rapide. Je m’endors.

Trois mois à Mumbai c’est réaliser ô combien cette ville est contrastée. Une vue du ciel vous montre un grand panel de zones grises et brunes. On y discerne très bien les zones de bidonvilles et les zones « en dur » des classes moyennes à très riches. On imaginerait une frontière entre ces deux mondes, on s’aperçoit cependant que les bidonvilles s’étalent de tous les côtés de la ville et côtoient les quartiers plus aisés, tel un grand patchwork. Ce patchwork ne s’arrête pas à une vue satellite, mais est également très visible dans la vie de tous les jours. Les baraquements de tôle s’accolent aux tours des business centres, les voitures de luxe croisent les camionnettes délabrées, les enfants viennent mendier à la sortie des boîtes de nuit, les plus démunis dorment sous les ponts sur lesquels se croisent tuk-tuks rafistolés et grosses BMW, les hommes d’affaires en costume prennent le même train que les mendiants… Tout ce monde vit côte à côte dans une profonde indifférence. Une cohabitation impressionnante. Au moins, personne ne peut nier les disparités criantes.

Mumbai ne respire plus. Le matin, sur la route vers le stage, je cherche un peu d’air frais en choisissant de voyager en tuk-tuk… pour aspirer une grande bouffée de gaz d’échappement. La couche de pollution est telle qu’en trois mois, malgré les températures tropicales et le soleil de plomb, aucun pigment de ma peau n’a rencontré d’ennemi UV. Ce n’est pas ici qu’il faut venir pour bronzer. Mumbai est sale. Les rats grouillent jour et nuit. La ville est un dépotoir géant. Pas facile au premier abord, ça fait pourtant partie du décor indien. Alors, je m’habitue.

Je m’habitue parce que Mumbai ce sont ses couleurs. Celles des abondants étals de fruits, de légumes et d’épices et celles des saris des Indiennes, toutes sublimes. Mumbai, ce sont ses odeurs. Celles délicieuses des échoppes des rues et celles savoureuses qui s’échappent des cuisines. Mumbai c’est de la découverte à chaque coin de rue, des vaches sacrées et des petits temples hindous. Mumbai c’est Bollywood, un monde bling-bling et des soirées qui se terminent dans des appartements privés. Mumbai, ses échappées à toute allure en tuk-tuk, cheveux au vent, sur des routes à quatre bandes. Mumbai, ses couchers de soleil depuis la plage, bondée elle aussi, à regarder les enfants s’amuser dans l’eau.

Mumbai c’est surtout 24 millions de sourires.

Bérénice Vanneste

Bérénice Vanneste

Bérénice Vanneste ne manque jamais une occasion de voyager. Rat des villes, cette jeune diplômée en journalisme aime changer d'air avec une rando dans la nature, mais est également capable de traverser la Belgique en train pour un simple café entre amis. Après avoir arpenté l'Europe, elle a récemment vécu quatre mois en Inde et sera prochainement à la recherche de son F sous les chaleurs du Sénégal pour un projet humanitaire.
Bérénice Vanneste

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