Voyager ne fait pas de vous quelqu’un d’intéressant

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Je sais ce que vous vous dites « pour qui elle se prend celle-là avec son titre ». Vous allez comprendre. Il y a quelques semaines, je suis tombée sur un article de Vice de Henry Wismayer : « Le tourisme est devenu un truc de gros cons narcissiques ». Ironiquement, (ce qu’il reconnait) écrit par un journaliste qui gagne sa vie en conseillant aux « gros cons narcissiques » l’endroit où ils devraient passer leurs prochaines vacances. Je vous conseille de le lire en entier mais en voici un extrait pour vous mettre bien dans l’ambiance :

« Une idée préconçue veut que les voyages nous rendent plus intéressants, qu’ils soient essentiels pour mener un vie enrichissante. Mais derrière notre égocentrisme croissant et la technologie toujours plus insidieuse se cache l’inévitable sentiment que le voyage perd de sa capacité à nous émerveiller. (…) En rétrécissant le monde, le web a étouffé notre capacité à faire des découvertes par nous-même. Dans ce monde unifié, rapide et effréné, notre soif de connaissance et notre capacité à l’obtenir rapidement a démystifié les contrées étrangères. »

Ce constat qu’on peut qualifier de pessimiste ou de réaliste, selon le degré de foi en l’humanité qu’il nous reste, part pourtant d’un sentiment qu’on a probablement tous ressenti un jour vis-à-vis d’un « voyageur » : l’agacement profond.

Agacement profond

En fait Batman c’est toi et Robin c’est un « voyageur » . Voilà.

Lorsque vous pensez aux « voyageurs » quelle est la première image qui vous vient en tête? Pour moi c’est l’aventurier : une barbe de 3 semaines (les poils sous les aisselles, ça marche aussi, je  ne suis pas sexiste), un look cool-sans-le-faire-exprès et surtout des histoires incroyables. J’aime vraiment croiser les sac-à-dos, qui pullulent en été sur les routes, une destination écrite sur un carton et les yeux pleins d’espoir. Peut-être que pour vous c’est un touriste en clapettes qui fait des selfies. Pour l’auteur, la représentation des voyageurs d’aujourd’hui, c’est un couple de Canadiens, qu’il a rencontré lorsqu’il était lui-même sur la route :

« Chaque étape de leur voyage avait été ponctué d’un heureux hasard. (…) « c’était vraiment extra », m’a raconté l’un deux en haussant les épaules. Voici comment ils ont exprimé leur ressenti face aux merveilles du monde – avec une déclaration aussi terne que succincte. Représentation d’un phénomène commun en pleine croissance : celui du voyageur fastidieux en manque d’inspiration. Quiconque a déjà passé un peu de temps dans des auberges de jeunesse à l’étranger devrait être familier avec ce stéréotype. Ce type de voyageur est bronzé,  ne se défait jamais de son sac en toile et porte un baggy imprimé dragon — D’une manière ou d’une autre, Il finira par vous parler de ses périples et de sa manière de voir le monde. (…) Nous sommes devenus une génération de consommateurs de voyage, convaincus que la brume qui nimbe le Machu Picchu ne serait pas la même sans notre tête en premier plan. »

Beach Babes

Séance photos improvisée sur une plage en Grèce. Plus hot que le soleil.

Quand je lis ça j’ai deux choses à dire;
1. Il n’y a pas besoin de bouger de chez soi. Sur Facebook on trouve pleins de gens plus énervants les uns que les autres. C’est en partie de la jalousie. Je déteste ces gens, pas parce qu’ils sont détestables mais parce qu’ils sont dans des endroits fabuleux et font pleins de nouvelles expériences. Pendant que moi, je suis à la maison et que je regarde les rediffusions en français de Big Bang Theory.
2. On n’est pas tous conteur professionnel. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir décrire un événement hors du commun autrement qu’en disant : « c’était trop cool ». Ce n’est pas pour autant qu’on ne réalise pas avoir assisté à un étalage des merveilles du monde. Bigre, ce n’est pas parce que tu as fais des études de journalisme que tu es plus à même de le faire non plus (oui je parle de moi là). Parfois les mots manquent et tout ce qui sort c’est : « c’était vraiment extra ».

Décrivez votre expérience en 10 000 mots

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Je crois sincèrement que voyager reste une richesse quelle que soit la manière de le faire. Je pense qu’il est important de rappeler que le tourisme de masse, souvent dénigré, a quand même permis à de nombreuses personnes de pouvoir partir. Et si certains endroits sont si fréquentés par les touristes, c’est aussi, bêtement, parce que ce sont de beaux endroits. Je suis d’accord, le « voyageur » n’est plus à placer sur un piédestal parce qu’aujourd’hui : TOUT LE MONDE VOYAGE. Que ce soit pour aller à la Mer du Nord ou en Nouvelle-Zélande (chacun son truc, chacun ses moyens, sa route, son destin, tout ça). D’après moi, on ne repart jamais les mains vides. Henry Wismayer n’est pas d’accord.

« Pourtant, l’idée que tout « voyage » – en opposition au « tourisme » – est enrichissant et formateur persiste. (…) Sauf que ce n’est pas toujours le cas (…) Peut-être que les longues histoires de mes amis Canadiens sur leur voyage en Argentine ont électrifié l’Ontario. Peut-être qu’ils sont devenus les dignes héritiers d’Ernest Hemingway et Martha Gellhorn. Mais il est plus probable qu’ils ennuient leurs amis et leur famille, déjà au bord de la crise de nerfs, avec leurs anecdotes sur le steak argentin, la cocaïne pas chère et la diarrhée qui a plombé le début de leur voyage. »

Baigner dans l’inconnu et savourer l’inattendu

Pour moi, l’idée s’applique à tout le monde, voyageur ou pas. Il n’est pas nécessaire d’aller à l’autre bout du monde pour vivre des expériences enrichissantes et hors du commun. C’est plus dû au hasard et aux circonstances de la vie qu’au lieu où on se trouve. Il faut créer les opportunités et se lancer dans l’inconnu. Il y a des personnes qui ne savourent rien et ne réalisent pas la chance qu’elles ont. Elles sont blasées. Point.  

J’envie ceux qui peuvent vivre ce que je vis à l’étranger chez eux. Vraiment. C’est difficile de décrire mon état quand j’ai l’impression de commencer une nouvelle aventure : Je suis hâtive, extatique, nerveuse, j’ai peur, j’ai le souffle coupé, j’en prends plein les yeux. Je suis en vie mais x20 000. Je ne remets jamais rien au lendemain, parce que qui sait quand je pourrai revenir ? Je remarque des choses auxquelles je ne fais plus attention au quotidien, comme le sourire d’un étranger ou une oeuvre d’art dans la rue. On est facilement consumé par les émotions, positives comme négatives. C’est pour ça que ça devient vite une sorte de drogues. Dans les voyages, je trouve de la magie, j’aime être naïve et à la dérive, sans idées préconçues. Tout n’est pas toujours tout rose. Il y a des hauts et des bas, des sacrifices à faire parfois. Le voyage pour moi, c’est un test, ça me permet de savoir où j’en suis, surtout dans les moments difficiles. J’ai ce qu’on appelle le « Wanderlust Syndrom ». J’ai la bougeotte quoi (ça sonne moins bien). J’ai passé ces dernières années à m’enfuir le plus loin et le plus longtemps possible. Comme tous les fugueurs je me suis retrouvée bien souvent de retour à la maison. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais au fur et à mesure je me suis sentie plus à la maison ailleurs que dans mon pays d’origine.

Ma conclusion étant, il y a plusieurs raisons aux voyages et autant de façons de voyager que de voyageurs.

« C’est comme si nous avions perdu de vue le fait que ce ne sont pas nos expériences mais la manière dont nous les percevons qui compte vraiment. »

I am in the zone.

I am in the zone.

Quel que soit le type de voyageur que vous êtes, je pense qu’il faut recommencer à voyager pour soi. Je crois qu’il faut remettre en question nos pratiques de voyage consuméristes et surtout basées sur le paraître. En ça je suis tout à fait d’accord avec notre ami Henry Wismayer. Mais si tu as bien réfléchi et que toi, ton truc, c’est de trainer à la piscine pour bronzer parce que le soleil ne se montre que trois jours par an en Belgique et que tu ne vois pas l’intérêt de te mêler aux autochtones ou à leur culture, tu fais comme t’aimes bien. Il n’y a pas de mal à ça. 

Il n’y a pas de science du voyage parfait et aucune manière n’est meilleure que les autres. Come on Henry, ne soit pas un gros con narcissique.

Don't give a fuck

Tu voyages comme tu veux mais voyage.

Votre histoire, est la vôtre et celle de personne d’autre, venez-nous la raconter sur Where’s the F . Et n’oublions pas :

« Si on résume nos voyages à une liste de cases à cocher, voyager ne nous rendra pas plus intéressant.Ça confirmera juste notre statut de mouton. »

Julie Marchand

Julie Marchand

Founder of @Wheresthef/ Professional wanderer : doing videos and photography. Looking for new adventures, experiences and amazing stories / Check out my flickr!
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